30 ans déjà : Mercedes 500E,une berline signée Porsche

Avant la gamme AMG

Certes, le titre peut paraître exagéré, mais cette Mercedes spéciale porte en elle une bonne dose d’ADN Porsche. Si aujourd’hui le binôme Mercedes-AMG s’impose à tous, de la Formule 1 à la moindre déclinaison sportive des modèles de l’étoile, cela n’a pas toujours été le cas. Filiale de Mercedes depuis 1999, AMG commence, en pur indépendant, entre la fin des années 60 et le début des seventies, à préparer des Mercedes pour la course et à commercialiser des kits. Il faut attendre 1988 pour qu’une collaboration plus étroite se mette en place entre les deux entités, notamment en DTM, et ce n’est qu’en 1993 que sortira la première Mercedes de série « griffée » AMG, à savoir la C-Klasse 36 AMG. Ainsi, à la fin des années 80, Mercedes propose moins de modèles sportifs à son catalogue et n’a pas l’expérience en la martière d’un BMW qui dispose de son département M, or la concurrence est très rude avec la BMW M5 E34, la Lancia Thema à moteur V8 Ferrari ou encore l’Opel Omega Lotus.

Un voisin bien utile

La W124, qui ne deviendra la Classe E qu’à partie de la phase 3 en 1993, propose bien depuis 1989 une 300E-24 équipée d’un 6 cylindres 3.0 litres de 220 chevaux, mais Mercedes veut aller plus loin. Ce sera la 500E. La W124 300E sert de base pour le missile que concocte Stuttgart à partir de 1988, le choix du moteur s’étant porté sur le V8 5 litres de 326 ch du roadster 500 SL. Mais surtout, l’étoile se tourne vers Porsche pour préparer ce modèle si spécial, dont le projet en interne chez Porsche sera dénommé Typ 2758. Une collaboration étroite, qui est en quelque sorte un renvoi d’ascenseur, si l’on se souvient qu’en 1937, Mercedes avait été mis à contribution pour produire en partie les prototypes de la Kdf-Wagen, alias la future Volkswagen, à la fin des années trente, en attendant la mise en route de l’usine Kdf-Stadt à partir de 1939.

L’usine Sindelfinden étant saturée et pas forcément adaptée à une petite série, c’est donc dans l’usine Porsche de Zuffenhausen, au sein du bâtiment Rösselblau, sur les anciennes lignes de montage de la Porsche 959 et à la main, que cette Mercedes 500E sera fabriquée ! Mercedes néanmoins ne sous-traite pas tout : Porsche produit dans un premier temps les coques nues, qui passent ensuite par Sindelfinden pour être peintes et recevoir le traitement anti-corrosion, avant de repartir chez Porsche pour l’assemblage final ! Un processus qui expliquera en partie le coût prohibitif de la berline, avoisinant les 500.000 francs, soit bien plus qu’une M5.

Une sportive discrète

Esthétiquement, Mercedes est encore dans une culture assez classique, même si la 190 2.5 Evo2, avec son gros bequet arrière et son look tout droit sorti du DTM, montre déjà que la firme allemande a l’envie de se dévergonder. Mais pour cette grande berline plus statutaire, dont la présentation est faite au salon de Paris en Octobre 1990, les modifications esthétiques restent légères : des rétroviseurs plus profilés, des jantes 16″ (qui grimperont à 18″ plus tard), des boucliers plus enveloppants et des ailes élargies de 26mm. De quoi lui donner une apparence plus musculeuse mais en toute discrétion, sans verser dans la moindre ostentation. Les phares, les feux arrière et les boucliers sont intégrés à la carrosserie, permettant à la fois d’afficher un style plus fluide et d’améliorer l’aérodynamisme de cette berline très carrée. L’intérieur joue à fond la carte de l’élégance et du classicisme, avec cependant un équipement très riche et de série.

Einspritzung !

Porsche a travaillé le châssis et ça se ressent. Empruntant des éléments de suspension de la SL, elle conserve un bon compromis entre le confort, cher à Mercedes, et la sportivité, même si le monstre de 1,7 tonne est taillé avant tout pour filer sur l’Autobahn. Voies élargies, suspensions raffermies, freins à disque plus gros, correcteur d’assiette hydraulique, la 500E dispose d’un châssis à la qualité irréprochable. Du côté de la mécanique, on a donc pris le V8 de 5 litres type 119 qui équipe le roadster SL 500 type R129…mais qui a aussi servi de base, renforcé par deux turbos, pour développer le bloc des Sauber-Mercedes qui ont gagné le Mans en 1989 !

Si la puissance reste identique à la SL avec 326 ch à 5700 tr/mn, l’admission a été revue et permet de faire grimper le couple à 480 Nm à 3900 tours/min. L’alimentation du moteur a recours à un système d’injection (Einspritzung en Allemand) Bosch LH-Jetronic tout électronique. Par contre, on maintient la boîte automatique 4 rapports. Ainsi préparée, la Mercedes 500 E abat le 0 à 100 km/h en 6,5 secondes et le 1000m DA en moins de 26 secondes.

Au final, 10479 exemplaires sortiront des lignes de production jusqu’en 1995. D’autres versions encore plus exclusives sortiront à la fin de sa carrière, avec notamment la E60 AMG, réalisée à 12 exemplaires, mais aussi une 500 E Brabus avec un gros V8 6.5 litres, produite à seulement 4 exemplaires !

(22 commentaires)

  1. Il est à noter qy’une version Limited est également sortie. 1ere photo de l’article. elle preprend les jantes de l’Evo 2. Dispo en noire ou grise.

    Au cour du dernier FL, elle devient la E500

    A lire le bel article la dessus sur automobile sportive.

  2. Certains rêvent de Countach ou de Diablo. De mon côté, ces sleepers youngtimers (avec la Lotus Omega, Lancia Tema 8.32 par exemple), me font vraiment rêver.

    1. Peut être que c’est parce que tu ne rêves que de voitures que tu pourrais t’offrir?

      Pour ma part je trouve ces berlines survitaminées peu attrayantes. autant s’acheter le modèle diesel bas de gamme, c’est le même look pour une fraction du prix.
      Une 500E faut vraiment aimer la marque, c’est quand même la même caisse que les taxis 200D beige qui peuplaient les rues allemandes au début des années 90…

      Robe quelconque, performante pour l’époque mais un vrai calvaire à entretenir aujourd’hui, passés dans X mains et pas de suivi…

      une countach, une diablo, une panthera, une 308 GTB restent des icones automobiles qui allient style et mécaniques d’exception. j’en rêve, mais j’en n’ai pas les moyens…. (si vous voulez me faire un cadeau, va pour l’alfa 33 stradale voir une simca abarth S2000). merci

      1. il y a certains qui aiment que ça se voit, et pas d’autres. Il y a même qui paient un supplément pour que le constructeur enlève les signes distinctifs (genre AMG, RS6, V12….). Sur la route, sans un oeil averti, ça ressemble à n’importe quel autre modèle de base. Ceux qui s’y connaissent un peu y verront quelque chose d’étrange, genre une monte pneumatique généreuse, puis des freins haut de gamme, 2 vraies lignes d’échappement (noircies par la fumée), et un bruit pas typé 4 cylindres diesel. Puis une ligne droite, vroum, et on se fait larguer sur place…

        bref, une robe quelconque, il y en a qui préfèrent ça
        (parce que sous cette robe quelconque, il y a une mécanique qui ne l’est pas)

        bref, c’est juste une différence de point de vue sur comment apprécier une voiture

        1. Complétement d’accord 🙂

          Je croise réguilièrement des S6, sans aucun badge S, on voit juste les 4 sorties. Si la voiture est noire, c’est encore moins visible !

          Dans le genre sleeper, il y a aussi la Golf R break.

          Pour rouler régulièrement, c’est à mon avis un plaisir immense : tu passes inaperçu et quand il faut dégager, personne ne comprend 😉

  3. Berline performante, mais sur une autoroute marseillaise face à une 406 blanche, pas sûr qu’elle fasse le poids.

        1. SGL vous adorez peugeot, mais faut etre réaliste, la 406 « j’ai mis un V6 dedans » (pourtant elle existait de base avec le V6) ne pouvait rivaliser

          1. Le V6 ESL était un moteur paisible pas un moteur de puissance, mais il ronronnait bien malgré tout.

  4. Elle a donné des sueurs froides à BMW, et c’est la première de la course à l’armement des berlines teutonnes.
    Sous ses airs de simple taxi c’était une berline olympienne, ultra fiable, confortable et surtout enthousiasmante à conduire.
    Avec les Classe E AMG on est dans un registre nettement plus démonstratif de nos jours. Une question d’époque.
    Si vous en trouvez une foncez sa réputation fait flamber sa cote.

    1. À l’époque, les BMW étaient nettement plus jolies, Mercedes faisait des voitures pour dictateurs de l’Est (ou Africain), avant la chute du mur.
      Maintenant, c’est plutôt l’inverse, Mercedes fait des voitures plus légères et élégantes.

      1. @SGL : Merco Benz c’est le charme discret de la bourgeoisie
        Et puis la 500 proposait un V8 olympien qui n’avait rien à envier aux 6 de BMW

  5. Houla la 505, c’est dès 1979… 1990, c’est déjà l’ère 605… Très belle voiture par rapport à cette Mercedes aux lignes soviétiques.

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