Mission H24 : là où il y a de l’hydrogène, il y a du plaisir

Annoncé il y a quelques jours, le projet « Mission H24 » est en démonstration sur le circuit de Spa Francorchamps ce weekend. L’ACO profite de la manche belge de l’European Le Mans Series pour faire rouler le prototype GreenGT LMPH2G.

Ici, le projet n’est plus de faire « simplement » les 24 heures du Mans, mais de faire la promotion de l’hydrogène en faisant courir cette voiture sur différents circuits d’endurance, en ouverture d’épreuves. Pour Spa, c’est Yannick Dalmas, quadruple vainqueur des 24 heures du Mans, qui a pris le volant de la voiture électrique. A vitesse de démonstration…

Le Président de l’ACO, Pierre Fillon, déclare : « L’hydrogène est le futur car nous visons la mobilité zéro-émission. C’est notre rôle de développer des technologies haute-performance et favorables à l’environnement ». Pour l’occasion, l’hydrogène avec lequel roule le prototype GreenGT LMPH2G est issu des filières de fermentation de bio-ressources comme la biomasse, les déchets verts, etc. Il est (plus) « vert » que l’hydrogène habituellement issu de ressources fossiles.

3 minutes de ravitaillement suffisent pour embarquer 8,6 kg de H2. 1 kg de H2 représente 33 kWh d’énergie. La voiture repart avec de quoi faire autant de tours qu’une voiture thermique équivalente selon l’ACO. On demande à voir.

Le prototype GreenGT LMPH2G Mission H24 sera exposé lors du Mondial de l’automobile à Paris à partir du 4 octobre 2018.

Un peu de technique

Une voiture à pile à combustible (PAC) à hydrogène, c’est un véhicule électrique. Ici, l’énergie est stockée dans 3 réservoirs via l’hydrogène et non dans une batterie. Le souci avec l’hydrogène, c’est que la molécule est très très très…petite. Par conséquent, il est très difficile de la maintenir dans un réservoir à l’état gazeux. Ici, les réservoirs sont fait de carbone filaire pour minimiser les fuites. On stocke le H2 à 700 bars.

L’hydrogène est utilisé dans une pile à combustible composée de 4 « stacks ». Ici, 2 H2 + O2 => 2 H2O. On produit de l’eau, de la chaleur, mais surtout de l’électricité ! Pour améliorer la réaction, on comprime l’air ambiant qui rentre par la prise d’air sur le toit. En plus, on humidifie cet air. L’électricité produite passe par une batterie tampon. Cette dernière est aussi alimentée par les moteurs dans les phases de régénération.

Sinon, elle fournit l’énergie aux 4 moteurs. Ici, il n’y a pas un moteur par roue, mais 2. En effet, la Mission H24 n’est pas une quatre roues motrices mais bien une propulsion. Le tout via une boîte à un seul rapport.

Pourquoi utiliser une batterie tampon ? Car sans, la puissance maximale serait celle de la PAC. La PAC du prototype, développée par GreenGT, peut fournir 250 kW soit 340 chevaux. Bien, mais pas suffisant. Surtout que même sur un circuit, on n’est pas tout le temps à pleine charge.

Ainsi dans les phases où la puissance demandée est inférieure à 250 kW, la PAC remplit la batterie tampon. Avec cette installation, la puissance peut grimper à 480 kW soit 653 chevaux. Déjà beaucoup mieux pour un véhicule qui pèse tout de même 1 420 kg. A l’arrière, 4 sorties de vapeur d’eau (une par « stack »), rien que de l’eau.

Caractéristiques techniques de la LMPH2G

Châssis :
• Châssis LMP en carbone et structure d’acier
• Suspensions par triangles et poussoirs
• Freins en carbone
Motorisation :
• Module énergétique électrique-hydrogène GreenGT (pile à combustible à membrane électrolyte polymère à 4 stacks) de 250 kW constants
• 4 moteurs électriques de course (2 par roue arrière)
• Puissance maximale 480 kW à 13 000 tours (653 ch)
• Système de récupération d’énergie au freinage de 2,4 kWh délivrant 250 kW pendant 20 secondes
Transmission :
• Transmission directe aux roues arrière (rapport : 1:6,3)
• Pas de boîte de vitesse, pas d’embrayage, pas de différentiel mécanique
• Système électronique de gestion variable du couple Stockage de l’hydrogène :
• Capacité totale des réservoirs : 8,6 kg d’hydrogène
• Pression de stockage : 700 bars
Système de récupération d’énergie au freinage :
• Batterie de 750 V en nominal
• Capacité : 2,4 kWh
Dimensions :
• Longueur : 4 710 mm
• Hauteur : 1 070 mm
• Largeur : 1 970 mm
• Empattement : 2970 mm
• Porte-à-faux avant : 1 000 mm
• Porte-à-faux arrière : 740 mm
• Poids : 1 420 kg à vide (avant 39. 8%, arrière 60 .2%)
• Variation du poids au ravitaillement : + 8,6 kg
Roues :
• Avant 30/68-18 Michelin Pilot Sport GT (jante 12X18)
• Arrière 31/71-18 Michelin Pilot Sport GT (jante 13X18)
Performances :
• Vitesse maximale : + 300 km/h
• 0 à 100 km/h : 3,4 secondes
• 400 m départ arrêté : 11 secondes
• Autonomie : équivalente à une voiture de piste de mêmes performances.
• Temps de ravitaillement : 3 minutes.
Rejet dans l’atmosphère :
• Exclusivement de la vapeur d’eau

Illustration : Mission H24 / GreenGT

(8 commentaires)

  1. Ben justement c’est une vraie question que je me pose : que vont donner 50 voitures qui crachent de l’eau en tournant en boucle…? A part leur coller un tuyau de 5m sur le côté je ne vois pas trop comment solutionner la chose pour garder piste sèche :-/

    1. Aaaah ! je croyais que c’était une référence à la Formule E et ses pneus « tout temps » (à sculpture).

      Rassurez-vous, ici c’est de la vapeur d’eau qui s’échappe et pas par litre.
      Le CP indique que le proto a une autonomie identique aux voitures de course équivalente.
      On peut donc supposer qu’elle tourne 45 minutes.

      8,6 kg de H2 cela représente sauf erreur 77,4 kg d’eau, donc en gros 77,4 litres d’eau sous forme de vapeur.
      Mais en supposant qu’elle se liquéfie totalement avant de ressortir des pots d’échappement, on a 77,4 kg en 45 minutes soit 1,72 kg par minute, 28,6 grammes d’eau par seconde.
      28,6 ml soit environ 573 gouttes 😀

      Bon ok si on suppose que cela crache de l’eau liquide, on va finir par avoir des trainées d’eau.
      Mais en vapeur… 🙂

      1. 2H2 + O2 -> 2H2O
        Masse molaire de H=1g
        Masse molaire de O=16g
        Donc 4g de H2 donnent 18 grammes de H2O
        Donc je confirme que « sans erreur » que « 8,6 kg de H2 cela représente 77,4 kg d’eau »
        🙂

        1. Mes années d’école d’ingénieur étant désormais un peu loin (aïe !) et n’étant pas toujours super concentré…je mets toujours une précaution type « sauf erreur » 😀
          Merci de confirmer 😛

  2. Faut avouer que l’absence totale de bruit est un peu étrange, les FE émettent quand même un sifflement qui avec l’environnement urbain permet quand même de les entendre un peu, mais là…

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